La Gambie impose un personnel 100 % local dans ses banques
La banque centrale gambienne ordonne aux banques commerciales de remplacer progressivement tous leurs employés étrangers par des nationaux. Les groupes nigérians Access, GTBank et Zenith sont en première ligne.

La Banque centrale de Gambie a frappé fort. Elle exige désormais que les banques commerciales du pays se séparent de leurs employés étrangers et les remplacent par des Gambiens. Le mot d'ordre est clair : 100 % de personnel local. La directive vise toutes les institutions agréées, sans exception. À Banjul, le régulateur justifie cette décision par la nécessité de protéger l'emploi national et de réduire la dépendance aux compétences extérieures. Mais l'application s'annonce délicate, car plusieurs banques du pays fonctionnent depuis des années avec des cadres venus du Nigeria, du Sénégal ou du Liban.
Le calendrier reste flou, et c'est là que le bât blesse. La banque centrale n'a pas précisé de date butoir ni de sanctions pour les établissements qui traînent. Dans les couloirs des sièges à Lagos, on parle d'une mise en œuvre par étapes, mais personne ne veut confirmer officiellement. Les trois géants nigérians présents en Gambie — Access Bank, GTBank et Zenith — emploient des centaines de personnes, dont une part significative de Nigérians expatriés. Ces banques ont investi dans le pays depuis plus d'une décennie et considèrent la Gambie comme un marché stratégique pour leur expansion en Afrique de l'Ouest.
Le timing interpelle. La décision tombe alors que plusieurs pays de la sous-région durcissent leurs règles sur l'emploi des étrangers. Au Ghana, des mesures similaires ont été discutées l'an dernier. Au Nigeria, la CBN a déjà exigé que les banques locales renforcent leur contenu local. Cette tendance protectionniste gagne du terrain dans une zone où la libre circulation des personnes reste un principe affiché de la CEDEAO, mais souvent contourné par les États. Pour les banques nigérianes, l'enjeu dépasse la Gambie : c'est un précédent qui pourrait inspirer d'autres régulateurs de la région.
Reste à savoir comment les banques vont s'adapter. Former des équipes locales prend du temps, surtout pour des postes de direction ou des fonctions techniques pointues. Certaines pourraient choisir de réduire leurs activités en Gambie plutôt que de restructurer dans l'urgence. D'autres verront dans cette obligation une opportunité de bâtir des équipes durables et moins coûteuses. Une chose est sûre : la décision de Banjul redessine les règles du jeu pour les banques étrangères en Afrique de l'Ouest, et les groupes nigérians devront composer avec cette nouvelle donne.
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