La CBN pointe le sous-financement de la recherche agricole comme frein au crédit
Un responsable de la Banque centrale du Nigeria estime que le manque de fonds pour la recherche et les infrastructures dégradées bloquent l'accès des agriculteurs au financement, au-delà de la seule question des taux.

Le diagnostic est signé par un responsable de la Banque centrale du Nigeria (CBN), et il déplace le débat. Si les agriculteurs nigérians peinent à obtenir des crédits, ce n'est pas seulement une histoire de taux d'intérêt trop élevés ou de banques frileuses. Le problème commence plus en amont : la recherche agronomique manque de moyens, et les routes, les entrepôts ou les systèmes d'irrigation restent insuffisants. Résultat, les projets agricoles affichent des rendements incertains, et les prêteurs hésitent à mettre de l'argent sur des exploitations dont la rentabilité dépend trop souvent de la météo ou de pistes impraticables en saison des pluies.
Ce constat vaut pour tout le pays, mais il frappe plus durement le nord, où se concentrent les cultures vivrières. Un producteur de maïs à Kano ou un éleveur de Kaduna n'a pas les mêmes arguments à présenter à sa banque qu'un exportateur de cacao installé près de Lagos. Sans données fiables sur les sols, les semences adaptées ou les pertes post-récolte, le dossier de crédit reste mince. La CBN reconnaît donc que son propre dispositif d'intervention, aussi généreux soit-il sur le papier, ne peut pas compenser des années de sous-investissement dans les services de base.
Pour les opérateurs de transferts et les plateformes de change, cette réalité a un effet indirect mais réel. Quand le crédit agricole reste rare, les campagnes dépendent davantage des envois de fonds de la diaspora pour financer semences et engrais. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car la demande de liquidités vers les zones rurales nigérianes reste forte tout au long du cycle agricole. Le Naira, lui, continue de subir la pression d'une production locale insuffisante, qui oblige le pays à importer une partie de son alimentation.
La CBN promet de revoir ses mécanismes de garantie et de mieux cibler les lignes de refinancement vers les coopératives et les agro-industries de taille moyenne. Mais sans budget sérieux pour la recherche et sans réhabilitation des infrastructures rurales, ces ajustements risquent de rester des annonces. Le vrai test sera de voir si les banques commerciales suivent. Pour l'instant, elles préfèrent toujours prêter au commerce urbain ou aux importateurs, activités plus prévisibles et plus rapides à rentabiliser.
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