La CBN impose la localisation des données bancaires, les opérateurs y voient un aimant à capitaux
La Banque centrale du Nigeria exige que les institutions financières hébergent leurs données sur le sol national. Le patron d'Open Access Data Centres, Ayotunde Coker, y voit un levier pour attirer les investissements étrangers.

La Banque centrale du Nigeria a tranché : les banques et autres institutions financières du pays devront héberger leurs données sur le territoire national. La directive, déjà en vigueur, concerne l'ensemble du secteur, des grandes banques commerciales aux fintechs. Concrètement, chaque transaction, chaque dossier client et chaque registre comptable devra rester physiquement au Nigeria, dans des centres de données agréés. Le régulateur justifie sa décision par des impératifs de sécurité et de souveraineté numérique, mais aussi par la volonté de garder la valeur ajoutée technologique dans le pays.
Pour Ayotunde Coker, patron d'Open Access Data Centres, cette contrainte est une aubaine. Il estime que l'obligation va forcer les acteurs étrangers à investir dans des infrastructures locales, plutôt que de tout stocker à l'étranger. Un centre de données, c'est des millions de dollars d'équipements, de l'énergie, des câbles, des ingénieurs. Autant de dépenses qui resteront au Nigeria. Coker voit dans cette directive un signal envoyé aux investisseurs : le pays veut devenir une plaque tournante du stockage de données en Afrique de l'Ouest, sur un marché où le trafic numérique explose.
Le raisonnement se tient. Le Nigeria compte plus de 200 millions d'habitants, une adoption massive du mobile money et des paiements instantanés. Les banques traitent chaque jour des volumes de données colossaux. Jusqu'ici, une partie de ces flux transitait par des serveurs situés en Europe ou aux États-Unis. La nouvelle règle change la donne : il faudra construire, refroidir, sécuriser et alimenter en électricité des installations capables d'absorber cette charge. Des opérateurs comme OADC, mais aussi des concurrents, se positionnent déjà. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car les frais d'infrastructure finissent par se répercuter sur les commissions.
Reste une question que personne n'élude à Lagos : l'électricité. Un centre de données ne tourne pas au diesel sans faire exploser ses coûts. Le réseau nigérian, encore instable, oblige les opérateurs à installer des groupes électrogènes et des batteries. La localisation des données ne vaudra que si l'énergie suit. Coker le sait : sans alimentation fiable, la directive restera une belle intention. Les prochains mois diront si les investissements promis arrivent vraiment, ou si les banques se contentent du minimum réglementaire.
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