L'Union africaine lance son agence de notation pour contrer les évaluations occidentales
L'UA a officiellement inauguré l'African Credit Rating Agency, un projet adopté en 2017. Objectif : produire des notes souveraines adaptées aux réalités économiques du continent, longtemps pénalisé par les agences internationales.

L'Union africaine a dévoilé mardi son Agence africaine de notation de crédit, l'AfCRA, un projet validé en 2017 par les chefs d'État du continent. Le commissaire au développement économique de l'UA, Albert Muchanga, a présenté l'outil comme un moyen de raconter « l'histoire économique de l'Afrique par les Africains ». Une formule qui résume la frustration : les notes souveraines attribuées par Moody's, S&P et Fitch coûtent cher aux États, qui empruntent souvent à des taux supérieurs de 2 à 3 points à ceux de pays émergents comparables. L'AfCRA veut produire ses propres évaluations, en intégrant des facteurs locaux comme la volatilité des recettes d'exportation ou la résilience des économies informelles, mal mesurés par les agences occidentales.
Le calendrier n'est pas anodin. Plusieurs pays africains ont retrouvé les marchés internationaux en 2024 et 2025, mais à des conditions jugées punitives. Le Kenya a émis une eurobond à 9,75 % en février, le Nigeria a placé des obligations en dollars à plus de 8 % en décembre. Ces taux reflètent en partie les notations, souvent plus sévères pour l'Afrique que pour d'autres régions à fondamentaux proches. L'AfCRA promet une méthodologie transparente, avec des équipes locales capables d'évaluer la capacité de remboursement au-delà des seuls ratios bruts. Reste à savoir si les investisseurs internationaux lui accorderont la même crédibilité qu'aux trois grandes agences, qui détiennent 95 % du marché mondial.
Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts. Une meilleure notation souveraine pourrait faire baisser les primes de risque exigées par les banques correspondantes, et donc réduire les frais prélevés sur les envois de fonds vers le Sénégal, la Côte d'Ivoire ou le Bénin. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent déjà ces variations de taux en temps réel, mais l'effet réel dépendra de la reconnaissance de l'AfCRA par les marchés. Pour l'instant, l'agence n'a publié aucune note souveraine. Son premier rapport est attendu avant la fin de l'année, sur un panel de pays volontaires.
L'initiative intervient alors que plusieurs voix africaines réclament une refonte de l'architecture financière mondiale. La présidente de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat, a rappelé que le continent paie chaque année 25 milliards de dollars d'intérêts supplémentaires à cause de notations qu'il juge biaisées. L'AfCRA ne remplacera pas les agences existantes, mais elle pourrait devenir un contre-pouvoir analytique. Les prochains mois diront si les investisseurs s'y fient ou s'ils continuent de suivre les notes de New York et Londres. Pour les États africains, l'enjeu est simple : emprunter moins cher pour financer leurs infrastructures et leur développement.
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