Kenya : la raffinerie de Dangote à Lamu bute sur une exigence locale de 70 % d'emplois
Le projet de raffinerie de 17 milliards de dollars d'Aliko Dangote au Kenya se heurte à une nouvelle opposition : les jeunes et les leaders communautaires de Lamu exigent que 70 % des emplois créés reviennent aux résidents, alors que le chômage local dépasse 60 %.

Le milliardaire nigérian Aliko Dangote a posé ses valises à Lamu, une île kényane classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, pour y construire une raffinerie et un complexe pétrochimique de 17 milliards de dollars. Mais avant même le premier coup de pioche, le projet se heurte à une exigence locale difficile à contourner : les jeunes et les leaders communautaires de l'île réclament qu'au moins 70 % des emplois générés par le chantier et l'exploitation future soient réservés aux résidents. Une demande ferme, portée par une réalité sociale explosive : le chômage des jeunes dépasse 60 % dans la région, et la dette publique kényane atteint des sommets.
Cette exigence n'est pas qu'une simple revendication sociale. Elle traduit une méfiance profonde envers les grands projets d'infrastructure qui, par le passé, ont souvent profité aux entreprises étrangères et aux travailleurs venus d'ailleurs, laissant les communautés locales sur le carreau. Les habitants de Lamu, qui vivent principalement de la pêche et du tourisme, voient dans cette raffinerie une occasion unique de sortir de la précarité. Mais ils veulent des garanties écrites, pas des promesses. Le gouverneur du comté de Lamu a d'ailleurs appuyé leur demande, soulignant que l'acceptation sociale du projet dépendra de cette condition.
Pour Dangote, l'équation est délicate. Le magnat a déjà bâti un empire pétrolier au Nigeria, où sa raffinerie de Lekki, d'une capacité de 650 000 barils par jour, a commencé à produire en 2024. Mais au Kenya, il doit composer avec un tissu social et politique bien différent. Offrir 70 % des emplois aux locaux pourrait compliquer le recrutement de techniciens spécialisés, souvent introuvables sur place. À l'inverse, ignorer cette demande risque de provoquer des blocages, des manifestations et des retards coûteux. Le projet, qui devait créer des milliers d'emplois directs et indirects, est déjà perçu par certains comme un symbole de l'extractivisme africain, où les richesses partent ailleurs pendant que les populations locales restent pauvres.
Cette situation met en lumière un défi récurrent pour les investisseurs en Afrique de l'Est : concilier rentabilité et exigences sociales. Les précédents ne manquent pas, du pipeline de l'Ouganda au port de Lamu, où les compensations et les promesses d'emploi ont souvent été source de tensions. Pour l'instant, aucune issue n'a été trouvée. Les négociations se poursuivent, mais le temps presse : chaque mois de retard alourdit la facture du projet, déjà colossal. Et pendant ce temps, les habitants de Lamu, eux, attendent de voir si cette fois, les promesses seront tenues.
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