Kenya : la banque centrale veut pouvoir reprendre les sociétés de paiement en difficulté
Un projet de loi donnerait à la CBK le droit de prendre le contrôle des entreprises de paiement en difficulté et de céder leurs activités, une première dans le secteur financier kényan.

Le Kenya veut muscler la surveillance de son secteur des paiements. Un projet de loi déposé au Parlement prévoit que la Banque centrale du Kenya (CBK) puisse prendre le contrôle d'une société de paiement en difficulté et vendre tout ou partie de ses activités. Jusqu'ici, la CBK pouvait révoquer une licence ou imposer des sanctions, mais elle n'avait pas les mains libres pour intervenir directement dans la gestion d'un opérateur défaillant. Le texte comble ce vide.
La mesure intervient dans un marché où les paiements mobiles pèsent lourd. M-Pesa, l'opérateur de Safaricom, traite chaque jour des millions de transactions et reste le canal dominant pour les transferts d'argent. Mais derrière ce géant, une myriade de petites entreprises de paiement se disputent un marché en croissance rapide. Beaucoup sont fragiles, sous-capitalisées, et leur disparition brutale laisserait des milliers d'utilisateurs sans accès à leurs fonds. La CBK veut pouvoir organiser une reprise ordonnée plutôt que de constater la faillite.
Le dispositif s'inspire des pouvoirs dont disposent déjà les régulateurs bancaires dans plusieurs pays. En cas de défaillance, la CBK pourrait nommer un administrateur, transférer les comptes vers un autre prestataire ou vendre la société à un concurrent. Pour les opérateurs, le signal est clair : le régulateur ne laissera pas pourrir une situation. Pour les utilisateurs, l'enjeu est concret — savoir que leur argent ne disparaîtra pas si leur application de paiement ferme demain.
Reste à voir comment le texte sera appliqué. Les petits acteurs craignent des décisions arbitraires, les grands opérateurs y voient un moyen de racheter des licences à moindre coût. Le Parlement devra trancher sur les critères de déclenchement et les droits des actionnaires. Une chose est sûre : le Kenya avance vers un encadrement plus dur de son écosystème de paiement, au moment où la concurrence s'intensifie avec l'arrivée de nouveaux entrants.
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