Kano mise sur le riz pour devenir une puissance agro-industrielle
Avec des investissements croissants dans la riziculture, Kano veut transformer son statut de centre commercial en pôle agro-industriel, porté par une base agricole jusque-là sous-exploitée.

Kano ne veut plus seulement vendre du riz, elle veut le produire, le transformer et l'exporter. La ville, historiquement connue comme un carrefour commercial du nord du Nigeria, voit émerger des rizeries modernes et des investissements dans les chaînes de valeur agricoles. Les autorités locales misent sur des partenariats public-privé pour équiper les zones rurales en irrigation et en semences améliorées. L'objectif affiché : réduire la dépendance aux importations et créer des emplois dans une région où le chômage des jeunes reste élevé. Le boom rizicole de Kano s'inscrit dans une dynamique plus large de transformation locale des matières premières, longtemps exportées brutes.
Les chiffres commencent à suivre. Selon les données du ministère fédéral de l'Agriculture, la production de riz paddy dans l'État de Kano a augmenté de près de 30 % en trois ans, atteignant environ 1,5 million de tonnes. Une partie de cette production est désormais usinée sur place, ce qui capte davantage de valeur ajoutée. Des groupes comme Dangote et Olam ont investi dans des unités de transformation à proximité, tandis que des coopératives locales s'organisent pour mieux négocier les prix. Cette montée en gamme attire aussi les banques, qui voient dans l'agro-industrie un relais de croissance après le pétrole.
Le changement ne se fait pas sans friction. Les petits producteurs manquent encore d'accès au crédit et aux marchés formels, et les infrastructures routières restent un frein pour évacuer les récoltes vers Lagos ou vers les pays voisins. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car une économie locale plus solide réduit la dépendance aux envois d'argent. Mais Kano devra aussi gérer la pression foncière et la concurrence des importations, encore favorisées par des droits de douane modérés.
Si Kano parvient à consolider sa chaîne de valeur rizicole, elle pourrait servir de modèle à d'autres États du nord Nigeria, riches en terres arables mais pauvres en industries. La transition est engagée, mais elle reste fragile : elle dépendra de la stabilité des politiques agricoles, de l'accès à l'énergie et de la capacité à former une main-d'œuvre qualifiée. Pour l'instant, les investisseurs suivent de près les prochaines récoltes, qui diront si le boom est durable ou conjoncturel.
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