Héritage en Afrique : le vrai défi n'est pas de transmettre, mais de préparer
Les fondateurs africains structurent leurs entreprises et leurs patrimoines, mais retardent la préparation des héritiers. Un vide qui menace la survie des empires familiaux.

Les fondateurs africains n'ont jamais autant parlé de transmission. Ils formalisent leurs entreprises, achètent des immeubles, constituent des portefeuilles d'investissement et signent des testaments avec leurs conseils. À Lagos, Nairobi ou Abidjan, les cabinets juridiques croulent sous les demandes de trusts et de pactes d'actionnaires. Sur le papier, tout est prêt. Sauf l'essentiel : les enfants qui vont recevoir tout ça ne sont pas préparés.
Le vide est connu. Une étude de la banque UBS estimait en 2023 que 70 % des fortunes familiales disparaissent à la deuxième génération, et 90 % à la troisième. L'Afrique n'y échappe pas. Les héritiers se retrouvent à la tête de groupes qu'ils connaissent mal, avec des actionnaires qui les testent dès le premier conseil d'administration. Certains fondateurs refusent d'en parler, par pudeur ou par peur de créer des conflits. D'autres attendent que les enfants finissent leurs études à l'étranger, puis découvrent qu'ils ne veulent pas revenir.
Le sujet dépasse la finance. Dans beaucoup de familles, la transmission reste une affaire de confiance et de non-dit. Les filles sont souvent écartées des conseils d'administration. Les cadets attendent leur tour. Pendant ce temps, les entreprises familiales africaines représentent une part massive du PIB du continent, selon la Banque mondiale. Leur effondrement à la deuxième génération ne coûte pas seulement aux héritiers : il coûte à des milliers de salariés et à des chaînes d'approvisionnement entières.
Les fondateurs qui réussissent leur succession ont un point commun : ils ont commencé tôt. Ils ont fait travailler leurs enfants dans l'entreprise pendant les vacances, les ont envoyés négocier avec des fournisseurs, leur ont confié des budgets modestes avant de leur donner des responsabilités réelles. La préparation ne se décrète pas dans un testament. Elle se construit sur des années, souvent sans en avoir l'air. En Afrique, la question n'est plus de savoir comment transmettre. Elle est de savoir si l'on a préparé quelqu'un à recevoir.
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