Le coût des smartphones menace l'accès à internet au Nigeria, alerte la GSMA
La GSMA prévient que la hausse du prix des composants électroniques pourrait freiner l'équipement en smartphones au Nigeria, où 120 millions de personnes restent privées d'internet mobile.

Le prix des smartphones grimpe et cela inquiète la GSMA. L'association qui regroupe plus de 750 opérateurs télécoms dans le monde a publié une note cette semaine : la flambée du coût des composants électroniques — puces, écrans, mémoires — rend les téléphones intelligents moins abordables dans les marchés émergents. Le Nigeria est en première ligne. Le pays compte plus de 220 millions d'habitants, mais près de la moitié n'utilise pas internet sur mobile, faute d'appareil compatible ou de moyens pour l'acheter. Un smartphone d'entrée de gamme coûte aujourd'hui entre 60 000 et 90 000 nairas à Lagos, contre 40 000 nairas il y a deux ans. La dépréciation du naira a amplifié le choc : les importateurs achètent en dollars, revendent en monnaie locale, et la facture grimpe à chaque nouvelle glissade du taux de change.
Le problème ne date pas d'hier, mais il s'aggrave. Les opérateurs nigérians comme MTN et Airtel ont investi massivement dans la 4G et la 5G ces cinq dernières années. Résultat : le réseau couvre désormais une large partie du territoire. Sauf que sans téléphone compatible, la meilleure couverture du monde ne sert à rien. La GSMA estime que 120 millions de Nigérians vivent dans des zones couvertes par un signal mobile mais n'y accèdent pas. Ce chiffre place le pays parmi les plus mauvais élèves du continent, derrière l'Afrique du Sud et le Kenya. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts : envoyer de l'argent à un proche ne suffit plus s'il ne peut pas recevoir d'alerte ou vérifier un solde en ligne.
Les solutions existent, mais elles restent lentes. Le gouvernement nigérian a lancé en 2023 un programme de crédit à la consommation pour l'achat de smartphones, en partenariat avec des fabricants chinois. Les résultats sont modestes : moins de 500 000 appareils distribués en dix-huit mois. Les opérateurs, eux, proposent des paiements échelonnés, mais les taux d'intérêt découragent. La GSMA plaide pour une baisse des taxes à l'importation sur les composants et pour des incitations fiscales ciblées. Le Nigeria taxe encore les téléphones importés à hauteur de 20 %, un niveau qui pèse directement sur le prix final. Sans action rapide, l'écart numérique pourrait se creuser au moment même où l'économie nigériane mise de plus en plus sur les services en ligne, le commerce électronique et la fintech.
Le vrai enjeu dépasse la simple question du hardware. Une population non connectée, c'est une population exclue des services bancaires mobiles, des plateformes d'éducation, des outils de productivité. Le Nigeria veut devenir une économie numérique de premier plan en Afrique de l'Ouest. Mais tant que le smartphone restera un luxe pour des millions de ménages, cette ambition restera théorique. La GSMA ne demande pas la charité : elle demande des politiques publiques qui rendent l'accès abordable. Les prochains mois diront si Abuja écoute.
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