Gambie : la banque centrale exige le remplacement des travailleurs étrangers d'ici 2026
La Central Bank of The Gambia a ordonné aux banques commerciales de remplacer leurs employés non-gambiens d'ici 2026. La mesure suscite de vives critiques sur son impact réel.

La Central Bank of The Gambia a donné un ultimatum aux banques commerciales du pays : remplacer tous leurs employés non-gambiens d'ici 2026. L'instruction, tombée cette semaine, ne précise ni les postes visés ni les sanctions encourues. Elle s'applique à toutes les institutions financières sous supervision de la banque centrale, y compris les filiales de groupes étrangers. À Banjul, les syndicats bancaires ont immédiatement réagi, dénonçant une décision prise sans concertation avec le secteur. Les autorités, elles, parlent d'une politique de « gambianisation » des emplois, dans un pays où le chômage des jeunes reste élevé.
Le problème, c'est que la Gambie ne forme pas assez de cadres bancaires pour remplacer les étrangers en poste. Les banques commerciales emploient une main-d'œuvre régionale — Sénégalais, Nigérians, Guinéens — souvent sur des fonctions techniques : conformité, audit, systèmes d'information. Ces profils sont rares sur le marché local. Un banquier de Banjul, qui préfère rester anonyme, explique que sa direction a déjà du mal à recruter un responsable anti-blanchiment depuis huit mois. Remplacer des équipes entières en dix-huit mois relève, selon lui, de l'illusion.
Pour les travailleurs concernés, l'échéance de 2026 signifie une chose : préparer leur départ. Beaucoup envoient déjà de l'argent à leur famille restée au pays. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts et la stabilité des revenus envoyés depuis la Gambie. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent ce taux en temps réel sur leurs interfaces, mais elles ne peuvent rien contre une décision administrative qui coupe les sources de revenus à la racine.
La mesure intervient dans un contexte régional tendu. Le Sénégal, voisin immédiat, observe de près ce précédent. Si Banjul va au bout de sa logique, d'autres capitales pourraient copier le modèle. Mais les banques gambiennes, elles, préviennent : sans main-d'œuvre qualifiée, c'est la qualité de la supervision financière qui risque de baisser. La Central Bank of The Gambia n'a, pour l'instant, publié aucun calendrier de mise en œuvre ni mécanisme d'accompagnement. Le secteur attend des précisions. Elles ne sont pas venues.
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