Flutterwave, la fintech africaine à 3 milliards $, lorgne le secteur bancaire
Après dix ans dans les paiements numériques, la startup nigériane Flutterwave veut devenir banque. Un virage stratégique pour cette société valorisée à 3 milliards de dollars, qui cherche de nouveaux relais de croissance.

Flutterwave change de cap. La fintech nigériane, qui a bâti sa réputation sur les paiements en ligne pour les entreprises africaines, veut désormais devenir une banque. Olugbenga Agboola, son fondateur, a confirmé cette semaine que l'entreprise de San Francisco et Lagos allait demander des licences bancaires dans plusieurs pays. Objectif : proposer des comptes de dépôt, des prêts et des cartes, au-delà de sa simple activité de passerelle de paiement.
Cette décision intervient après dix ans d'existence et une valorisation de 3 milliards de dollars atteinte en 2021. Flutterwave a jusqu'ici connecté des milliers de commerçants à des moyens de paiement locaux et internationaux, mais son modèle économique reste fragile. Les frais de transaction sont soumis à une concurrence intense, notamment de la part de fintechs comme Paystack (rachetée par Stripe) et de nouveaux entrants. En devenant banque, l'entreprise espère capter des dépôts et générer des revenus d'intérêts, plus stables. Elle veut aussi retenir ses clients entreprises en leur offrant des services financiers complets, du compte courant au crédit.
Le virage n'est pas sans risque. Les licences bancaires sont longues à obtenir et coûteuses à maintenir, surtout dans des pays comme le Nigeria où la réglementation se durcit. La banque centrale nigériane a récemment imposé des ratios de fonds propres plus élevés et surveille de près les acteurs non bancaires. Flutterwave devra aussi convaincre les régulateurs de sa solidité financière, alors que la startup a connu des années de pertes et des accusations de blanchiment d'argent au Kenya, classées sans suite depuis. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution pourrait changer la donne sur le coût des transferts si Flutterwave parvient à internaliser les flux transfrontaliers.
Reste à savoir si le modèle bancaire traditionnel est la bonne réponse. D'autres fintechs africaines comme Wave ou M-Pesa ont préféré élargir leur offre de paiement mobile sans devenir banques. Flutterwave mise sur une approche hybride : garder son cœur de métier tout en ajoutant des services bancaires. La réussite dépendra de sa capacité à exécuter rapidement, avant que les géants bancaires ne répliquent avec leurs propres solutions numériques. Une chose est sûre : après dix ans à faciliter les paiements des autres, Flutterwave veut désormais gérer l'argent de ses clients elle-même.
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