Donald Duke : le Nigeria dépense plus pour sécuriser son pétrole que pour le produire
L'ancien gouverneur de Cross River affirme que les coûts de sécurité et les infrastructures défaillantes gonflent le prix de l'essence, alors que la production stagne.

Donald Duke a remis une pièce dans la machine. L'ancien gouverneur de l'État de Cross River, invité d'un forum économique à Lagos cette semaine, a lâché une phrase qui résume le paradoxe pétrolier nigérian : le pays dépense plus d'argent à protéger ses oléoducs qu'à extraire le brut qu'ils transportent. Le constat n'est pas nouveau, mais il prend un relief particulier à l'heure où la production nationale tourne autour de 1,3 million de barils par jour, loin des 2 millions que le pays promettait il y a dix ans.
Le problème tient en un mot : le vol. Le vandalisme et le siphonnage sur les pipelines du delta du Niger obligent les opérateurs à multiplier les contrats de surveillance, à déployer des drones, à payer des sociétés de sécurité privées et parfois à financer la marine. Ces dépenses n'ont rien à voir avec l'extraction. Elles s'ajoutent à chaque baril produit, et le consommateur nigérian les retrouve à la pompe. Duke pointe aussi les routes défoncées et les dépôts vétustes qui rallongent la chaîne logistique entre le puits et la station-service.
Le Nigeria raffine encore trop peu pour sa consommation. La raffinerie Dangote, entrée en service l'an dernier, a réduit la facture des importations de carburant, mais elle ne couvre pas tout. Les camions continuent de sillonner des axes mal entretenus pour livrer l'essence dans le nord du pays, où le litre coûte souvent plus cher qu'à Lagos. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts : quand l'essence flambe, le coût de la vie suit, et les envois d'argent vers le pays augmentent pour compenser.
Duke ne propose pas de recette miracle. Mais son intervention rappelle une réalité que les chiffres officiels masquent : le Nigeria n'a pas un problème de réserves, il a un problème de coûts intermédiaires. Sécuriser, transporter, stocker — chaque étape mange la rente pétrolière avant qu'elle n'atteigne le budget fédéral. Tant que ces maillons resteront chers et inefficaces, le prix de l'essence ne baissera pas, même si le brut coule à flots.
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