Dette souveraine : l'Afrique cherche ses propres conseillers
Alors que les gouvernements africains renégocient leur dette, une question monte : pourquoi les experts qui les conseillent viennent-ils si souvent de l'étranger ?

Les ministres des Finances africains passent des semaines à négocier avec le FMI, la Banque mondiale ou des cabinets privés basés à Londres et New York. Pourtant, quand il s'agit de restructurer une dette ou de lever des fonds sur les marchés, les visages autour de la table restent majoritairement étrangers. Le Ghana, la Zambie, l'Éthiopie ont tous traversé des défauts de paiement ces dernières années. À chaque fois, les mêmes banques conseil ont facturé des dizaines de millions de dollars pour des avis que des économistes africains auraient pu produire.
Le problème n'est pas seulement symbolique. Les conseils étrangers arrivent souvent avec des modèles calibrés pour les économies développées, mal adaptés aux réalités locales. Un haut fonctionnaire kényan racontait l'an dernier comment un cabinet international avait sous-estimé l'impact d'une sécheresse sur les recettes fiscales, entraînant un plan de remboursement intenable. Résultat : une restructuration repoussée de six mois et des millions d'intérêts supplémentaires.
Des voix s'élèvent pour renverser la tendance. L'Union africaine pousse à la création d'une agence continentale de notation et de conseil en dette. Le Nigeria et l'Afrique du Sud forment déjà leurs propres experts en finance souveraine, mais ils restent peu nombreux. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car une meilleure gestion de la dette réduit les pressions sur les monnaies locales et stabilise les taux de change.
La question n'est pas de fermer la porte aux compétences extérieures, mais de savoir qui décide. Quand un pays emprunte 3 milliards de dollars, l'avis qui compte est celui qui comprend pourquoi les recettes pétrolières chutent ou pourquoi les transferts de la diaspora baissent. Ces réalités, les Africains les connaissent mieux que quiconque. Reste à transformer cette évidence en capacité institutionnelle.
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