Dette publique nigériane : 134 000 milliards de nairas qui pèsent sur une économie fragile
Le Nigeria consacre désormais plus de 90 % de ses recettes fédérales au service de sa dette. Une contrainte qui étouffe les investissements publics et fragilise la croissance.

Le Nigeria traîne une montagne de dettes qui grossit plus vite que son économie. À fin 2024, le stock de la dette publique fédérale dépassait les 134 000 milliards de nairas, selon les chiffres du Debt Management Office. En un an, la charge a bondi de près de 30 %, portée par la dépréciation du naira et par les emprunts successifs destinés à financer un budget en déficit chronique. Le gouvernement fédéral consacre aujourd'hui plus de 90 % de ses recettes à rembourser les intérêts et le principal. Autrement dit, il reste très peu pour les routes, les hôpitaux ou les écoles.
La Banque centrale, de son côté, a relevé son taux directeur à 27,5 % pour contenir une inflation qui frôle les 33 %. Une politique monétaire restrictive qui renchérit le coût des nouveaux emprunts. Sur les marchés, les rendements des obligations fédérales attirent les investisseurs étrangers, mais ils évincents les PME locales du crédit bancaire. Le secteur privé, moteur réel de l'emploi, se retrouve asphyxié. Les banques préfèrent prêter à l'État à taux élevé plutôt qu'aux entreprises, jugées plus risquées.
Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts. Les taux de change parallèles s'écartent de plus en plus du taux officiel, et chaque mouvement du naira se répercute directement sur la valeur des envois. Un expatrié qui envoie 100 000 nairas au pays n'obtient plus le même montant en devises qu'il y a un an. Les plateformes de transfert ajustent leurs taux en temps réel pour absorber cette volatilité, mais l'incertitude reste entière sur le moyen terme.
La question qui fâche : comment sortir de cette spirale ? Le FMI recommande de supprimer les subventions sur l'essence, ce qui libérerait environ 10 milliards de dollars par an. Mais la mesure est politiquement explosive dans un pays où le carburant reste la principale soupape sociale. En attendant, le Nigeria emprunte pour rembourser ses dettes antérieures. Un cercle vicieux qui rappelle les années 1980, quand le pays avait dû négocier un rééchelonnement avec le Club de Paris. Cette fois, la différence, c'est que les créanciers sont en grande partie chinois et privés, moins enclins à des concessions.
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