Des investisseurs britanniques lorgnent les énergies renouvelables au Nigeria
Un consultant basé à Londres explique pourquoi les capitaux britanniques s'intéressent de près aux projets solaires et éoliens nigérians, malgré les obstacles réglementaires et monétaires.

Le Nigeria attire de plus en plus les investisseurs britanniques dans le secteur des énergies renouvelables. Ashutosh Shastri, fondateur d'un cabinet de conseil stratégique londonien spécialisé dans l'énergie, décrypte cet engouement dans un entretien publié cette semaine. Pour lui, le pays combine deux atouts rares sur le continent : une demande énergétique massive et un cadre juridique qui commence à s'ouvrir aux producteurs indépendants. Le déficit électrique nigérian reste abyssal — plus de 40 % de la population n'a pas accès au réseau — et les groupes électrogènes au diesel continuent de pallier les coupures. Une aubaine pour les développeurs de projets solaires, qui voient là un marché de plusieurs milliards de dollars.
Les investisseurs britanniques ne débarquent pas en terrain vierge. Le Royaume-Uni a déjà financé plusieurs centrales solaires et parcs éoliens au Nigeria via des fonds de développement et des partenariats public-privé. Shastri souligne que les rendements attendus dépassent souvent ceux des projets européens, mais que le risque de change reste le principal frein. Le naira a perdu près de 70 % de sa valeur face à la livre en deux ans, ce qui complique le rapatriement des profits. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car les capitaux investis dans les énergies vertes finissent par circuler entre Lagos, Abuja et Londres.
Le consultant pointe aussi les lourdeurs administratives. Obtenir un permis de production indépendante prend encore des mois, et les tarifs de rachat ne sont pas toujours indexés sur l'inflation. Malgré cela, les appels d'offres se multiplient, portés par la transition énergétique mondiale et la pression des bailleurs internationaux. Le Nigeria vise 30 % d'énergies renouvelables dans son mix électrique d'ici 2030, contre moins de 20 % aujourd'hui. Un objectif ambitieux qui, s'il est tenu, ouvrira la porte à des dizaines de projets et à des milliers d'emplois locaux.
Reste à voir si les capitaux suivront les intentions. Les investisseurs britanniques, eux, avancent prudemment. Ils privilégient les projets de taille moyenne, adossés à des contrats de long terme avec des industriels ou des mini-réseaux urbains. La balle est désormais dans le camp nigérian : sans réforme tarifaire crédible et sans stabilité monétaire, l'engouement pourrait retomber aussi vite qu'il est apparu.
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