Des investisseurs britanniques lorgnent le solaire et l'éolien nigérians
Un consultant basé à Londres explique pourquoi les fonds britanniques s'intéressent aux énergies renouvelables au Nigeria, malgré les obstacles réglementaires et monétaires.

Ashutosh Shastri dirige une société de conseil en stratégie énergétique basée à Londres. Dans un entretien publié par SOStainabilityWeekly, il décrit l'appétit croissant des investisseurs britanniques pour les projets solaires et éoliens au Nigeria. Le pays compte plus de 200 millions d'habitants, dont une large partie n'a pas accès à un réseau électrique fiable. Les coupures quotidiennes poussent les entreprises à installer leurs propres groupes électrogènes, souvent alimentés au diesel. Pour Shastri, cette demande non satisfaite crée une opportunité que les fonds d'infrastructure étrangers ne peuvent plus ignorer.
Le cadre réglementaire nigérian a évolué ces dernières années. La Commission de régulation de l'électricité a ouvert la porte aux producteurs indépendants et aux mini-réseaux solaires. Les investisseurs britanniques regardent surtout les projets de 10 à 50 mégawatts, plus faciles à financer et à raccorder. Le Nigeria offre un ensoleillement moyen de 5 à 7 kilowattheures par mètre carré et par jour, selon les données du ministère de l'Énergie. C'est deux fois plus que le Royaume-Uni. Cet écart de potentiel explique pourquoi des sociétés comme Globeleq ou Konexa ont déjà posé des jalons à Lagos et dans le nord.
Mais l'argent ne circule pas encore librement. Le Naira a perdu près de 70 % de sa valeur face à la livre sterling depuis juin 2023. Un investisseur qui convertit ses livres en nairas pour financer un projet local voit mécaniquement son retour sur investissement fondre. Les contrats d'achat d'électricité sont souvent libellés en dollars pour contourner ce risque, ce qui renchérit la facture pour les distributeurs nigérians. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts et sur la manière de financer des projets au pays.
Shastri reste prudent. Il pointe la lenteur des autorisations et le manque de main-d'œuvre technique qualifiée. Les investisseurs britanniques ne signeront pas de chèques en masse tant que les garanties de change et les contrats à long terme ne seront pas clarifiés. Le Nigeria a le soleil, la demande et les réformes. Il lui manque encore la stabilité monétaire qui rassure les fonds de pension londoniens. Sans elle, les projets solaires resteront des exceptions, pas la règle.
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