Dangote veut transformer les matières premières africaines sur place d'ici 2030
Le groupe Dangote Industries présente un plan à l'horizon 2030 pour transformer localement les matières premières africaines, aujourd'hui exportées brutes, et retenir la valeur ajoutée sur le continent.

Le groupe Dangote Industries a dévoilé un plan à l'horizon 2030 qui vise à casser ce qu'il appelle le cycle de l'exportation brute. Edwin Devakuma, vice-président du groupe, résume le constat sans détour : l'Afrique vend ses matières premières non transformées et rachète ensuite des produits finis à l'étranger, souvent au prix fort. La raffinerie de Lekki, près de Lagos, sert de preuve. Elle traite aujourd'hui le pétrole nigérian sur le sol nigérian au lieu de l'expédier vers des raffineries lointaines. Le ciment, l'engrais, le sucre suivent la même logique dans le groupe. L'idée n'est pas nouvelle, mais l'échelle annoncée l'est.
Le contexte économique rend cette stratégie plus urgente. Le Naira a perdu près de 70 % de sa valeur face au dollar depuis juin 2023, quand les autorités ont laissé flotter la monnaie. Chaque cargaison exportée brute et chaque produit importé pèse sur les réserves de change. En transformant sur place, le Nigeria réduit sa facture d'importation et garde une partie de la valeur ajoutée. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car une économie qui exporte moins de devises rares stabilise son taux de change.
Le pari reste risqué. Transformer sur place exige de l'énergie, des routes, des ports et une main-d'œuvre qualifiée. Le Nigeria produit moins de 4 000 mégawatts utilisables pour plus de 200 millions d'habitants, et les industries tournent souvent au diesel. Dangote a construit sa propre centrale et son propre quai pour contourner ces blocages, mais toutes les entreprises n'ont pas cette surface financière. Le modèle ne se duplique pas facilement.
La vraie question porte sur les autres. Si Dangote transforme son pétrole, son ciment et son sucre, les concurrents devront suivre ou disparaître. Les États, eux, ont un levier simple : taxer les exportations brutes et alléger les taxes sur les produits transformés. Le Ghana, la Côte d'Ivoire et le Sénégal discutent de mesures similaires sur le cacao, l'anacarde ou le phosphate. L'horizon 2030 servira de test : soit l'Afrique retient une part plus large de sa richesse, soit elle continue de financer les usines des autres.
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