Dangote presse le Nigeria de produire localement pour réduire ses importations
Le groupe Dangote appelle Abuja à renforcer les capacités de production nationales. Objectif affiché : doper la résilience économique, créer des emplois et couper la dépendance aux importations.

Aliko Dangote a profité d'une prise de parole publique pour marteler un message qu'il répète depuis des années : le Nigeria importe trop. Le patron du groupe Dangote, première fortune d'Afrique, estime que le pays doit produire lui-même ce qu'il consomme, du carburant aux biens manufacturés. Son groupe l'a prouvé à grande échelle avec la raffinerie de Lekki, entrée en service en 2024, qui traite aujourd'hui une part significative du brut nigérian pour le marché intérieur. Mais pour Dangote, l'effort doit dépasser sa propre entreprise. Il appelle les autorités à créer un environnement qui pousse d'autres industriels à investir dans la transformation locale.
Le contexte donne du poids à son argument. Le Nigeria a dépensé des milliards de dollars en importations de carburant pendant des décennies, alors même qu'il est le premier producteur de pétrole d'Afrique. Cette contradiction a longtemps plombé les réserves de devises et exposé le Naira aux chocs extérieurs. Depuis la mise en service de la raffinerie, les importations de produits pétroliers ont reculé, et le pays a même commencé à exporter du carburant aviation vers l'Europe. Dangote veut étendre cette logique à d'autres secteurs : agroalimentaire, engrais, ciment, pétrochimie. Chaque usine qui remplace un conteneur importé, dit-il, est une pression de moins sur les réserves de change.
Son appel intervient alors que le pays cherche à stabiliser son économie après une série de réformes monétaires douloureuses. La libéralisation du Naira en 2023 a fait chuter la monnaie, renchérissant les importations et alimentant l'inflation. Pour les ménages, le coût de la vie reste élevé. Pour les entreprises, l'équation est simple : produire localement coûte cher au départ, mais protège des variations du change. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car une économie nigériane plus robuste attire davantage d'investissements et stabilise les taux de change informels.
Reste à savoir si les paroles se traduiront en actes. Le Nigeria a multiplié les plans industriels ces vingt dernières années, avec des résultats inégaux. L'électricité reste un obstacle majeur : les coupures de courant obligent les industriels à investir dans leurs propres générateurs, ce qui renchérit la production. La sécurité dans certaines régions du Nord et du Delta limite aussi les implantations. Dangote, lui, continue d'avancer. Sa raffinerie devrait atteindre sa pleine capacité de 650 000 barils par jour d'ici fin 2025. Un exemple que d'autres pourraient suivre, à condition que l'État tienne sa part du contrat.
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