Cuir nigérian : une filière riche en bétail mais pauvre en profits
Le Nigeria possède les animaux, les tanneries et une longue tradition de maroquinerie. Pourtant, la chaîne de valeur du cuir reste bloquée avant même la transformation, faute d'infrastructures et de financement.

Le Nigeria compte plus de 20 millions de bovins, des tanneries historiques à Kano et une réputation de savoir-faire qui remonte à des siècles. Mais l'industrie du cuir ne pèse qu'une fraction de ce qu'elle pourrait rapporter. Le problème commence bien avant l'atelier : dans les élevages, où la peau des animaux se perd faute d'abattage contrôlé et de collecte organisée. Résultat, les tanneries tournent en sous-régime et importent parfois des peaux brutes de pays voisins.
Les chiffres donnent la mesure du gâchis. Sur les 15 millions de peaux produites chaque année, moins de la moitié finit dans les circuits formels. Le reste pourrit sur les marchés locaux ou s'exporte à bas prix vers l'Asie et l'Europe, avant de revenir sous forme de sacs ou de chaussures vendus trois fois plus cher. Les tanneurs de Kano réclament depuis des années un accès au crédit pour moderniser leurs équipements et respecter les normes environnementales, sans lesquelles les acheteurs internationaux se détournent.
Le gouvernement fédéral a promis en 2023 un plan de relance de 50 milliards de nairas pour la filière cuir, mais les décaissements se font attendre. En attendant, les petits artisans de Lagos ou d'Abuja continuent d'acheter leurs peaux au marché noir, sans traçabilité. Pour la diaspora ouest-africaine qui investit dans l'artisanat local, cette opacité complique le financement des ateliers. Des plateformes numériques comme SendXOF facilitent les transferts vers ces entrepreneurs, mais l'argent seul ne suffit pas à structurer une filière qui manque de tout : électricité, routes, normes.
La comparaison avec l'Éthiopie, devenue en dix ans le premier exportateur africain de cuir, montre que le potentiel est là. Ce qui manque au Nigeria, c'est une chaîne de valeur intégrée, de l'élevage à la maroquinerie. Sans cela, le pays continuera de vendre ses peaux brutes et d'acheter des produits finis. Un manque à gagner estimé à 1 milliard de dollars par an, selon les professionnels du secteur.
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