Croissance nigériane : la Banque mondiale juge la progression trop faible contre la pauvreté
La Banque mondiale relève ses prévisions de croissance pour l'Afrique subsaharienne en 2026, mais prévient que le rythme reste insuffisant pour faire reculer la pauvreté au Nigeria et dans la région.

La Banque mondiale a publié en octobre son Africa Economic Update, un rapport qui porte un titre inattendu : « Building AI Readiness ». Derrière cette référence à l'intelligence artificielle, le diagnostic reste celui d'une région qui avance, mais pas assez vite. L'institution prévoit une croissance de 4,3 % pour l'Afrique subsaharienne en 2026. Le Nigeria, locomotive démographique du continent avec plus de 220 millions d'habitants, devrait contribuer à cette embellie. Sauf que cette accélération ne se traduit pas en recul de la pauvreté. La Banque mondiale le dit sans détour : le rythme d'expansion reste en dessous du seuil nécessaire pour faire bouger les lignes sociales.
Le problème n'est pas nouveau, mais il s'aggrave à mesure que la population grandit. Une croissance de 4 % dans un pays où la population augmente de 2,5 % par an laisse une marge très mince. Le revenu par habitant progresse à peine, parfois stagne. Au Nigeria, l'inflation a rongé le pouvoir d'achat des ménages pendant deux ans, et la dépréciation du Naira a renchéri les importations alimentaires. Résultat : les chiffres macroéconomiques peuvent verdir sans que le quotidien des Nigérians change. Les économistes de la Banque mondiale pointent aussi la qualité de la croissance — portée par le pétrole et les services urbains, elle crée peu d'emplois dans les zones rurales, là où la pauvreté se concentre.
Pour les pays de la zone, la question du change pèse lourd. Le Naira a perdu près de 70 % de sa valeur face au dollar depuis la libéralisation de juin 2023, et chaque épisode de volatilité renchérit le coût des transferts depuis l'étranger. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, alors que les envois d'argent représentent une bouée pour des millions de familles. La Banque mondiale insiste sur un point : sans investissements massifs dans l'éducation et les infrastructures rurales, la croissance restera une statistique abstraite pour une grande partie de la population.
Le rapport de la Banque mondiale ne se contente pas de constater. Il appelle les gouvernements de la région à miser sur l'adoption de l'intelligence artificielle pour doper la productivité, notamment dans l'agriculture et les services financiers. Un pari technologique qui suppose d'abord de régler des problèmes basiques : accès à l'électricité, compétences numériques, financement des petites entreprises. Tant que ces verrous sautent, la croissance nigériane restera ce qu'elle est : réelle, mais trop étroite pour porter les 133 millions de personnes que la Banque mondiale classe comme pauvres dans le pays.
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