Commerce intra-africain : 80 % des patrons optimistes, mais le crédit bloque
Une enquête du PAFTRAC menée auprès de 2 500 dirigeants africains montre que quatre sur cinq anticipent une hausse de leurs échanges transfrontaliers, malgré les obstacles de l'AfCFTA et le manque de financement.

Quatre dirigeants d'entreprise africains sur cinq s'attendent à ce que leurs activités transfrontalières augmentent au cours des douze prochains mois. C'est le résultat d'une enquête du PAFTRAC, menée auprès de 2 500 patrons à travers le continent. L'optimisme est réel, porté par les promesses de la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA). Mais derrière les intentions, les mêmes freins reviennent : l'accès au crédit reste rare et cher, et les politiques commerciales nationales peinent à suivre. Le décalage entre les attentes et le terrain saute aux yeux.
Le financement du commerce intra-africain demeure le principal goulot d'étranglement. Les banques locales hésitent à prêter pour des opérations transfrontalières, jugées risquées faute d'historique de crédit et de garanties solides. Résultat : les PME, qui représentent l'essentiel du tissu économique, se tournent vers des solutions coûteuses ou renoncent. À Lagos, Nairobi ou Abidjan, les mêmes plaintes reviennent : les lignes de crédit sont courtes, les taux élevés, et les procédures douanières restent lentes et imprévisibles. L'AfCFTA devait faciliter les échanges, mais sans financement adapté, l'élan s'essouffle.
Les écarts de change compliquent aussi la donne. Entre le Naira, le Cedi ou le Franc CFA, les entreprises doivent composer avec des taux volatils et des coûts de conversion qui grignotent les marges. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts. Les opérateurs cherchent des instruments pour se couvrir, mais les marchés financiers locaux offrent peu d'options. La fragmentation monétaire reste un obstacle concret à l'intégration régionale.
L'optimisme des patrons ne suffira pas. Sans réformes bancaires, sans harmonisation des règles douanières et sans mécanismes de garantie solides, les échanges intra-africains resteront en deçà de leur potentiel. Les gouvernements parlent d'intégration, mais les entreprises, elles, attendent des actes : des lignes de crédit accessibles, des changes stables et des frontières qui fonctionnent. Le temps des discours est passé.
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