Bianca Odumegwu-Ojukwu appelle la diaspora nigériane à investir au pays
La ministre des Affaires étrangères du Nigeria a demandé aux Nigérians de l'étranger de mettre leur expertise et leurs capitaux au service du développement national, lors d'une rencontre avec la diaspora.

La ministre nigériane des Affaires étrangères, Bianca Odumegwu-Ojukwu, a lancé un appel direct aux Nigérians installés à l'étranger. Elle leur demande de transformer leurs compétences et leurs économies en moteurs de développement pour le pays. Le message a été relayé par le quotidien Punch, sans qu'aucun montant ni programme précis ne soit annoncé dans l'immédiat. L'initiative s'inscrit dans une tendance de fond : le Nigeria cherche depuis plusieurs années à capter les flux financiers de sa diaspora, estimée à plus de 17 millions de personnes selon les chiffres officiels.
Les transferts de la diaspora nigériane pèsent lourd dans l'économie. En 2024, les envois formels ont dépassé 20 milliards de dollars, selon la Banque mondiale. C'est plus que les recettes pétrolières nettes du pays sur la même période. Ces fonds servent surtout à la consommation des ménages, à la santé et à l'éducation. La ministre veut changer cela : orienter une partie de cet argent vers des projets productifs, usines, fermes, startups. Le discours n'est pas nouveau, mais il prend un relief particulier avec la chute du Naira, qui a perdu près de 70 % de sa valeur face au dollar depuis juin 2023. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts.
Le contexte monétaire complique l'équation. Un Nigérian de Londres ou de Houston qui envoie 1 000 dollars au pays transfère aujourd'hui l'équivalent de plus de 1,5 million de nairas, contre environ 460 000 nairas il y a deux ans. Ce différentiel incite certains à investir directement sur place plutôt qu'à convertir en devises. Mais les obstacles restent nombreux : instabilité réglementaire, accès limité au foncier, lourdeurs administratives. La ministre n'a pas détaillé les mesures d'accompagnement prévues. Sans cadre clair, l'appel risque de rester lettre morte, comme les précédents.
Le vrai test sera budgétaire. Le Nigeria a besoin de 20 milliards de dollars par an pour combler son déficit d'infrastructures, selon la Banque africaine de développement. La diaspora peut y contribuer, mais elle attend des garanties : taux de change stable, rapatriement des profits sans friction, protection juridique des investissements. Tant que ces conditions ne sont pas réunies, les capitaux continueront de circuler à sens unique — vers la consommation, pas vers la production.
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