Assurance nigériane : le patron de Heirs défie la profession sur les sinistres
Wole Fayemi, directeur général de Heirs General Insurance, presse les assureurs nigérians de reconstruire la confiance du public en payant vite les sinistres et en innovant pour les clients.

Le constat n'est pas nouveau, mais il vient cette fois d'un patron du secteur. Wole Fayemi, directeur général de Heirs General Insurance, a lancé un défi direct à ses confrères nigérians : reconstruire la confiance du public. Sa recette tient en trois mots — payer vite, innover, écouter. Dans un marché où beaucoup de Nigérians considèrent encore l'assurance comme un pari perdu d'avance, la sortie a le mérite de la clarté. Le Nigeria compte environ 200 millions d'habitants, mais la pénétration de l'assurance y reste sous les 1 % du PIB, selon les chiffres du régulateur NAICOM. Un désert.
Le problème n'est pas technique, il est culturel et financier. Trop de dossiers traînent des mois, parfois des années, avant d'être indemnisés. Résultat : les classes moyennes et les petites entreprises préfèrent garder leur argent sous le matelas ou dans un compte d'épargne plutôt que de souscrire une police. Fayemi insiste sur l'innovation centrée sur le client — comprendre les besoins réels d'un chauffeur de bus à Lagos ou d'un commerçant à Kano avant de leur vendre un produit standardisé. La digitalisation des souscriptions et des paiements mobiles ouvre une brèche : en 2023, plusieurs assureurs nigérians ont enregistré une hausse à deux chiffres de leurs primes via des canaux numériques.
Le défi de Fayemi tombe à un moment charnière. L'inflation nigériane tourne autour de 30 %, le Naira a perdu près de 70 % de sa valeur face au dollar depuis juin 2023, et les ménages arbitrent chaque dépense. Dans ce contexte, l'assurance devient un luxe pour beaucoup, alors qu'elle devrait être un filet de sécurité. Les opérateurs qui paient rapidement leurs sinistres gagnent un bouche-à-oreille précieux. Ceux qui traînent perdent des clients et alimentent la méfiance. La balle est dans le camp des assureurs, et le régulateur regarde.
Reste à savoir si les mots se traduiront en actes. Le secteur nigérian de l'assurance pèse moins de 3 milliards de dollars de primes annuelles, un chiffre dérisoire pour la première économie d'Afrique. Fayemi ne demande pas une révolution, mais une discipline : honorer les contrats. Si les assureurs suivent, ils pourraient capter une part des 40 milliards de dollars que la diaspora nigériane envoie chaque année au pays — un flux que les banques et les fintechs se disputent déjà. Pour l'instant, la confiance reste le principal actif manquant.
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