Assurance agricole : les petits exploitants nigérians boudent les polices, faute de confiance et de moyens
Des experts réunis à Lagos pointent le coût des primes et la méfiance envers les assureurs comme freins majeurs à l'adoption de l'assurance par les petits exploitants agricoles nigérians.

Les petits exploitants agricoles nigérians continuent de tourner le dos à l'assurance. Réunis lors de la 9e édition du forum sur l'agriculture, des experts ont identifié deux obstacles principaux : le prix des primes et un déficit de confiance envers les compagnies. Le constat n'est pas nouveau, mais il persiste. La plupart de ces agriculteurs travaillent sur moins de deux hectares, avec des revenus irréguliers. Une prime annuelle, même modeste, représente une dépense qu'ils arbitrent souvent en faveur des intrants ou de la scolarité des enfants. Et quand un sinistre survient — sécheresse, inondation, invasion de ravageurs — ils encaissent seuls la perte.
Le déficit de confiance est tout aussi tenace. Beaucoup d'agriculteurs ont entendu des histoires de réclamations refusées ou payées en retard. Les procédures de déclaration, souvent papier et bureaucratiques, découragent. Certains assureurs promettent des indemnisations rapides, mais les canaux de distribution restent faibles dans les zones rurales. Résultat : le taux de pénétration de l'assurance agricole au Nigeria reste sous les 5 %, selon les données du secteur. Un chiffre qui contraste avec le poids de l'agriculture dans le PIB et l'emploi.
Les experts proposent des pistes concrètes. Indexer les primes sur la météo ou les rendements plutôt que sur des évaluations coûteuses. Utiliser le mobile pour souscrire et déclarer un sinistre, ce qui réduit les coûts administratifs. Impliquer les coopératives et les associations locales pour jouer les intermédiaires de confiance. L'idée : rendre l'assurance aussi accessible qu'un transfert d'argent par téléphone. Pour la diaspora ouest-africaine qui soutient des projets agricoles au pays, cette évolution change la donne sur le coût des transferts et la sécurisation des investissements.
Sans une refonte des produits et une présence de terrain, l'assurance agricole restera un produit d'exception. Les petits exploitants, eux, continueront de financer leurs pertes sur leurs propres réserves. Le débat sur l'affordabilité et la confiance n'est pas près de s'éteindre.
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