Assurance : 78 % des Nigérians n'en possèdent toujours pas
Le programme ISSP révèle que 78 % des Nigérians n'ont pas d'assurance, un déficit qui tient moins au coût qu'à la méconnaissance du produit et à la défiance envers les assureurs.

Le programme de renforcement du secteur de l'assurance, l'ISSP, a livré son diagnostic : 78 % des Nigérians n'ont aucun contrat d'assurance, qu'il s'agisse de santé, de vie ou de biens. Le chiffre n'est pas nouveau, mais il résiste à toutes les campagnes de sensibilisation menées depuis une décennie. À Lagos, à Kano ou à Port Harcourt, la majorité des travailleurs du secteur informel — soit plus de 80 % de la population active — cotisent à des tontines ou gardent leurs économies chez eux plutôt que de payer une prime annuelle.
Le problème ne se résume pas au prix. Les enquêtes de l'ISSP montrent que beaucoup de Nigérians ignorent ce qu'un contrat couvre réellement, combien il rembourse et à quelles conditions. S'ajoute une méfiance tenace : les souvenirs de dossiers de sinistres rejetés pour des clauses obscures restent vivaces. Les assureurs eux-mêmes reconnaissent que leurs produits sont mal expliqués, souvent rédigés dans un anglais juridique que même des diplômés peinent à décoder. Résultat, la densité d'assurance du Nigeria reste l'une des plus faibles d'Afrique, autour de 0,5 % du PIB, quand l'Afrique du Sud dépasse les 12 %.
Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts. Beaucoup envoient de l'argent au pays sans savoir comment leurs proches se protègent en cas d'hospitalisation ou de décès. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent ce taux en temps réel sur leurs interfaces, mais elles ne remplacent pas une couverture santé. Le lien entre transferts et assurance reste à construire : une famille qui reçoit 200 000 nairas par mois peut-elle en consacrer une part à une police santé ? Aujourd'hui, presque aucune ne le fait.
Le secteur mise sur les canaux numériques pour inverser la tendance. Des start-up proposent des micro-assurances à partir de 500 nairas par mois, vendues via des applications de mobile money. Mais sans éducation financière de base, ces offres risquent de rester lettre morte. Le vrai chantier n'est pas de baisser les primes, il est de rendre le produit compréhensible et la promesse de remboursement crédible. Tant que ce cap ne sera pas franchi, les 78 % resteront un chiffre stable — et un marché de 200 millions d'habitants continuera de se protéger à l'ancienne, par la solidarité familiale et les tontines.
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