Après l'USAID, l'Afrique cherche 15 milliards de dollars pour sa santé
Le retrait partiel de l'USAID laisse un vide financier dans les systèmes de santé africains. Les gouvernements, bailleurs et secteur privé tentent de trouver des relais durables.

L'Agence américaine pour le développement international (USAID) a longtemps été un pilier du financement de la santé en Afrique. Entre 2015 et 2024, elle a injecté en moyenne 4 milliards de dollars par an dans le continent, selon les données de l'OCDE. Une grande partie de ces fonds allait à la lutte contre le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose, via des programmes comme le PEPFAR. Mais depuis 2023, le Congrès américain a réduit son budget de 12 %, et l'agence a réorienté ses priorités vers l'Asie et l'Europe de l'Est. Résultat : des pays comme le Nigeria, la Tanzanie ou le Mozambique doivent combler un manque à gagner estimé à 1,5 milliard de dollars pour la seule année 2025.
Les gouvernements africains tentent de compenser en augmentant leurs budgets santé. Le Nigeria a porté le sien à 5,3 % du PIB en 2024, contre 3,8 % en 2019. Mais la pression démographique et la dette publique limitent les marges. Le secteur privé, lui, reste timide : les investissements dans les infrastructures de santé ne représentent que 0,9 % du total des investissements directs étrangers en Afrique. Les fondations philanthropiques, comme la Fondation Gates ou la Fondation Mo Ibrahim, jouent un rôle croissant, mais leurs contributions restent inférieures à 500 millions de dollars par an. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car les familles envoient souvent de l'argent pour couvrir des frais médicaux.
Des solutions émergent. La Banque africaine de développement a lancé en 2024 un fonds de 2 milliards de dollars dédié à la santé, abondé par des pays comme le Maroc et l'Afrique du Sud. Le secteur de l'assurance santé privée progresse aussi : au Kenya, la couverture a bondi de 18 % en un an, portée par des start-up comme M-Tiba. Mais ces initiatives ne suffiront pas sans une coordination régionale. L'Union africaine planche sur un mécanisme de financement commun, qui pourrait voir le jour en 2026. En attendant, les ONG locales tirent la sonnette d'alarme : sans financement stable, les campagnes de vaccination et les traitements antirétroviraux risquent de s'interrompre dans les zones rurales.
L'enjeu dépasse la simple équation budgétaire. Il révèle la dépendance historique de l'Afrique aux financements extérieurs et la nécessité de bâtir des systèmes de santé autoportants. Les pays qui investissent dans la formation de personnel médical et dans la production locale de médicaments, comme le Sénégal ou l'Éthiopie, résistent mieux. Mais pour la majorité, le compte à rebours est lancé : chaque année sans relais durable creuse l'écart avec les objectifs de couverture sanitaire universelle. La balle est désormais dans le camp des gouvernements et des institutions africaines.
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