Allen Onyema : aucune compagnie aérienne nigériane n'a jamais dégagé 1 million de dollars de bénéfice
Le patron d'Air Peace affirme qu'aucune compagnie aérienne nigériane n'a jamais réalisé 1 million de dollars de bénéfice annuel, étranglée par les taxes et les coûts d'exploitation.

Allen Onyema ne mâche pas ses mots. Le président d'Air Peace, la plus grande compagnie privée du Nigeria, a déclaré qu'aucun transporteur aérien nigérian n'a jamais enregistré un bénéfice annuel de 1 million de dollars. Pas un seul. Il pointe du doigt une fiscalité écrasante et des coûts d'exploitation qui grignotent toute marge. Air Peace, qui dessert une vingtaine de destinations intérieures et plusieurs lignes régionales, ne fait pas exception. Son patron le dit sans détour : le secteur vit sous perfusion, avec des avions souvent loués à des prix exorbitants et un carburant qui représente près de 40 % des charges.
Le constat d'Onyema tombe dans un contexte déjà lourd. Le naira a perdu plus de 60 % de sa valeur face au dollar depuis juin 2023, quand le gouvernement a libéralisé le taux de change. Résultat : chaque pièce détachée importée, chaque contrat de leasing libellé en dollars coûte beaucoup plus cher qu'avant. Les compagnies nigérianes, qui facturent en nairas mais paient en devises, encaissent de plein fouet ce déséquilibre. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts et sur le prix des billets vers Lagos ou Abuja.
Les taxes ne sont pas en reste. Les opérateurs dénoncent une accumulation de prélèvements : redevances aéroportuaires, charges de navigation, TVA sur le carburant, impôts locaux multiples. Selon Onyema, ces coûts représentent près de la moitié du prix d'un billet. Dans ces conditions, difficile de dégager du bénéfice. Le patron d'Air Peace réclame depuis des années un cadre fiscal plus léger et un accès facilité aux devises pour l'entretien des flottes. Il a lui-même dû suspendre des lignes et réduire ses fréquences à plusieurs reprises.
Le Nigeria reste pourtant un marché gigantesque : plus de 200 millions d'habitants, une classe moyenne urbaine en croissance, et un trafic aérien qui n'a pas retrouvé son niveau d'avant-Covid. Mais sans rentabilité, les compagnies survivent au jour le jour. La faillite d'Air Nigeria en 2012, la disparition d'Arik Air sous administration judiciaire, les difficultés d'Aero Contractors : l'histoire récente du secteur raconte la même chose. Onyema ne fait que confirmer à voix haute ce que les chiffres murmurent depuis longtemps. Tant que le naira restera sous pression et que la fiscalité n'évoluera pas, le million de dollars de bénéfice restera un mirage pour les transporteurs nigérians.
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