Nigeria : un émir accuse les dirigeants musulmans de trahir leur mission
L'émir Al Mustapha Jokolo critique ouvertement les gouverneurs musulmans du Nigeria, les accusant de dérive autoritaire et de corruption, en s'appuyant sur un traité médiéval de conseil aux princes.

L'émir de Muri, Al Mustapha Jokolo, a créé un électrochoc dans la classe politique nigériane en convoquant un texte médiéval pour fustiger les dirigeants musulmans du pays. Dans une déclaration virulente, il les accuse de s'éloigner des préceptes de l'islam, de pactiser avec la corruption et de réprimer toute voix discordante. Son argumentaire s'appuie sur le traité Nasihat al-Muluk, un classique de la pensée politique musulmane rédigé au XIe siècle, qui enjoint aux souverains de gouverner avec justice et humilité.
Jokolo vise directement Sheikh Sani Yahaya Jingir, leader influent de la confrérie Qadiriyya, qu'il tient pour responsable d'avoir cautionné les dérives du pouvoir. L'émir de Muri, connu pour son franc-parler, dénonce une collusion entre le religieux et le politique qui gangrène le nord du Nigeria. Il rappelle que les dirigeants musulmans ont une responsabilité morale envers leur communauté, bien au-delà des calculs partisans. Ses propos ont déjà suscité des réactions contrastées : certains y voient un courage rare, d'autres une ingérence dans les affaires de l'État.
Cette prise de parole intervient dans un contexte où la confiance dans les institutions nigérianes s'effrite. Les scandales de détournement de fonds, la paupérisation croissante et l'insécurité chronique alimentent un sentiment de trahison parmi les populations du Nord. Pour beaucoup, l'appel de Jokolo résonne comme un avertissement : si les élites ne changent pas de cap, la colère sociale pourrait bien déborder. Le débat dépasse désormais le cercle des oulémas et touche la rue, où l'on commence à s'interroger sur la légitimité de ceux qui prétendent guider la communauté.
L'émir de Muri ne propose pas de programme politique, mais il pose une question essentielle : que reste-t-il de l'éthique du pouvoir quand les dirigeants ne rendent des comptes qu'à eux-mêmes ? Sa sortie ravive un vieux débat sur le rôle de la religion dans la gouvernance, mais elle oblige surtout à regarder en face une réalité : la crise de leadership qui mine le Nigeria ne se résoudra pas par des incantations. Elle exigera des actes et une vraie reddition de comptes.
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