Afrique : Oramah appelle à abandonner les modèles économiques importés
L'ancien président d'Afreximbank, Benedict Oramah, exhorte les pays africains à concevoir leurs propres solutions économiques plutôt que d'imiter des modèles étrangers inadaptés.

Benedict Oramah ne mâche pas ses mots. Lors de la 20e conférence annuelle d'AELEX, l'ancien président d'Afreximbank a appelé les pays africains à cesser de copier des modèles économiques venus d'ailleurs. Pour lui, l'indépendance économique du continent passe par des solutions conçues localement, pas par des recettes importées clés en main. Le thème de la rencontre — « Chocs mondiaux, résilience et repenser les modèles » — résume l'urgence. Oramah, qui a dirigé la banque africaine d'import-export pendant près d'une décennie, connaît le poids des conditionnalités extérieures sur les politiques budgétaires et monétaires du continent.
Son constat s'appuie sur une réalité tangible : les pays africains ont encaissé de plein fouet les crises successives — pandémie, flambée des taux, choc des matières premières. Les filets de sécurité pensés à Washington ou à Francfort n'ont pas tenu. Oramah plaide pour des institutions financières régionales plus solides, capables de mobiliser l'épargne intérieure et de financer des projets adaptés aux économies locales. Il cite en exemple les mécanismes de financement du commerce mis en place par Afreximbank, qui ont permis à certains États de continuer à importer des produits essentiels malgré la pénurie de dollars. Une leçon de pragmatisme.
Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts. Moins de dépendance aux devises étrangères signifie des taux de change plus stables et des frais réduits sur les envois d'argent. Les opérateurs de transfert, eux, suivent de près ces débats : une Afrique qui conçoit ses propres circuits financiers, c'est un marché qui se structure différemment.
Reste à transformer le discours en actes. Oramah quitte ses fonctions, mais son message s'adresse aux décideurs actuels. L'Afrique du Nigeria au Kenya en passant par le Sénégal multiplie les initiatives de paiement transfrontalier en monnaie locale. Ces projets, encore jeunes, incarnent l'idée d'une souveraineté monétaire progressive. La route est longue, mais le cap est fixé : moins d'importation de modèles, plus d'ingénierie locale.
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