Afrique de l'Ouest : Bio et Elumelu mobilisent le privé avant un sommet sur l'intégration
Le président sierra-léonais Julius Maada Bio et l'homme d'affaires Tony Elumelu coprésident un sommet régional pour accélérer les investissements et créer des emplois dans un espace ouest-africain encore fragmenté.

Julius Maada Bio et Tony Elumelu ont décidé de passer à l'offensive. Le président sierra-léonais, qui vient de quitter la présidence tournante de la CEDEAO, et le patron de United Bank for Africa coprésident un sommet sur l'intégration et l'investissement en Afrique de l'Ouest. Objectif affiché : faire converger capitaux, industries et emplois dans une région où les échanges intracommunautaires plafonnent autour de 12 % du commerce total, selon les données de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique.
Le constat est connu mais reste brut : les frontières coûtent cher. Un camion qui relie Lagos à Abidjan traverse une dizaine de postes de contrôle et subit des tracasseries qui allongent les délais de plusieurs jours. Les barrières tarifaires et non tarifaires freinent les entreprises capables d'investir à l'échelle régionale. Bio et Elumelu veulent convaincre les institutions financières de financer des projets transfrontaliers — énergie, transport, agro-industrie — plutôt que de laisser chaque pays bâtir sa propre infrastructure en vase clos.
Le timing n'est pas anodin. La CEDEAO sort d'une année chaotique, marquée par la sortie annoncée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, qui ont claqué la porte en janvier pour créer leur propre alliance. Le Nigeria, poids lourd démographique et économique de la zone, cherche à garder le cap malgré une inflation qui ronge le pouvoir d'achat et un Naira qui a perdu près de 70 % de sa valeur depuis juin 2023. Dans ce contexte, les échanges commerciaux entre le Nigeria et ses voisins de la zone CFA restent un levier sous-exploité. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts.
Reste à transformer l'annonce en actes. Les sommets sur l'intégration régionale se succèdent depuis des décennies, avec des résultats modestes. Cette fois, les organisateurs misent sur la présence directe des investisseurs privés, pas seulement des chefs d'État. UBA, présente dans une vingtaine de pays africains, sert de pont bancaire entre les économies de la zone. Si les engagements pris à ce sommet se traduisent par des lignes de crédit concrètes et des projets lancés, l'Afrique de l'Ouest aura peut-être enfin une chance de transformer son potentiel démographique en marché intégré. Sinon, le rendez-vous rejoindra la longue liste des occasions manquées.
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