Afrique : 2,7 % de pénétration de l'assurance, le climat creuse le déficit public
Le forum Insurance Development Forum alerte : avec seulement 2,7 % de pénétration de l'assurance en Afrique subsaharienne, les catastrophes climatiques non couvertes pèsent directement sur les budgets des États.

Les inondations au Nigeria, les sécheresses dans la Corne de l'Afrique, les cyclones au Mozambique : chaque événement climatique laisse derrière lui des milliards de dollars de dégâts que presque personne ne rembourse. Le Insurance Development Forum, qui réunit assureurs, bailleurs et régulateurs, vient de poser un chiffre qui résume le problème : la pénétration de l'assurance en Afrique subsaharienne plafonne à 2,7 %. Autrement dit, sur cent dollars de biens exposés aux catastrophes, moins de trois sont couverts par un contrat. Le reste tombe à la charge des ménages, des entreprises et, en dernier ressort, des États.
Ce déficit de couverture se transforme en fardeau budgétaire. Quand une crue emporte des routes, des écoles ou des récoltes, le gouvernement doit financer la reconstruction sur ses propres ressources — souvent au détriment de la santé ou de l'éducation. Le mécanisme est connu : un choc climatique, une dépense imprévue, un endettement supplémentaire. Pour les pays qui consacrent déjà une part importante de leur budget au service de la dette, chaque saison des pluies devient une loterie. Les assureurs, eux, hésitent à s'installer là où les données manquent et où les primes paraissent inabordables pour la majorité des ménages.
Le débat se déplace. Il ne s'agit plus seulement d'inciter plus de gens à souscrire une police, mais de rendre des pans entiers de l'économie assurables. Cela passe par des dispositifs publics : assurance souveraine contre les catastrophes, pools régionaux comme l'African Risk Capacity, garanties des bailleurs pour amortir les premières pertes. Quelques pays avancent. Le Sénégal et le Kenya ont testé des couvertures indexées sur la météo pour les agriculteurs. Mais l'échelle reste modeste face à l'intensité des événements. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts : quand un proche perd sa maison dans une inondation, l'argent envoyé de l'étranger devient la seule assurance disponible.
La question n'est donc plus technique, elle est politique. Tant que le coût des catastrophes reste porté par les budgets nationaux, chaque dérèglement climatique se traduit par une coupe dans les dépenses sociales ou une nouvelle émission de dette. Les bailleurs internationaux poussent pour des mécanismes de préfinancement qui décaissent avant l'événement, pas après. Le FMI et la Banque mondiale en font un volet de leurs programmes climat. Reste à convaincre les Trésors publics de payer une prime aujourd'hui pour éviter une facture plus lourde demain.
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