Afrique : 2 000 milliards de dollars d'actifs, mais 400 milliards de besoins non financés
Les banques africaines affichent des retours sur capitaux propres de 19 %, près du double de la moyenne mondiale. Pourtant, les 2 000 milliards d'actifs institutionnels du continent ne financent pas assez les infrastructures et les entreprises.

Les banques africaines gagnent de l'argent. Beaucoup. Leur retour sur capitaux propres tourne autour de 19 %, presque deux fois la moyenne mondiale. Les fonds de pension, les assureurs et les autres investisseurs institutionnels du continent gèrent plus de 2 000 milliards de dollars d'actifs. Sur le papier, l'Afrique dispose donc d'une force de frappe financière considérable. Le problème n'est pas la quantité d'argent disponible. C'est ce qu'on en fait.
Car pendant que ces institutions empilent les profits, les entreprises et les infrastructures du continent réclament 400 milliards de dollars de financements longs. Routes, centrales électriques, usines : les projets ne manquent pas. Les capitaux non plus. Mais les deux ne se rencontrent pas. Les banques préfèrent les crédits courts, les obligations d'État et les marges rapides. Les fonds de pension, eux, restent frileux sur les projets à horizon de dix ou vingt ans. Résultat : l'épargne africaine dort souvent dans des placements peu productifs pendant que les besoins de financement, eux, se creusent.
Le décalage inquiète les régulateurs et les opérateurs. Plusieurs voix demandent des réformes : allongement des maturités, garanties publiques pour les grands projets, harmonisation des règles entre pays. L'enjeu dépasse la simple technique financière. Sans financement long, pas d'industrialisation, pas de transition énergétique, pas de création d'emplois massifs. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts et l'accès aux produits d'investissement dans la zone.
L'Afrique a les moyens de financer son développement. Elle ne s'en sert pas encore correctement. Les 2 000 milliards de dollars d'actifs institutionnels représentent une opportunité historique. Mais tant que les banques privilégieront la rentabilité à court terme et que les investisseurs institutionnels resteront sur leurs réserves, le continent continuera de courir après des capitaux étrangers pour des projets qu'il pourrait financer lui-même. Le vrai chantier n'est pas de trouver de l'argent. C'est de construire les ponts entre ceux qui en ont et ceux qui en ont besoin.
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