Afrique : la fluidité des échanges, prochain moteur de croissance
Le commerce intra-africain reste entravé par des barrières physiques et monétaires. Pourtant, la zone de libre-échange continentale (ZLECAF) et la digitalisation des paiements pourraient libérer un potentiel économique immense. Les experts misent sur une intégration régionale accrue pour stimuler la croissance.

Pendant des années, le discours sur l'avenir économique de l'Afrique a tourné autour de la taille de l'opportunité : démographie, ressources naturelles, classe de consommateurs émergente, énergie entrepreneuriale et essor de la technologie. Mais un élément manque encore à l'équation : la fluidité des échanges. Les frontières restent poreuses, les procédures douanières lourdes et les monnaies difficiles à convertir. Résultat, le commerce intra-africain ne représente qu'environ 15 % des échanges totaux du continent, contre plus de 60 % en Europe.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), lancée en 2021, ambitionne de changer la donne en supprimant progressivement les droits de douane sur 90 % des produits. Mais le diable se cache dans les détails : les barrières non tarifaires, les contrôles aux frontières et la disparité des réglementations freinent encore les camions et les conteneurs. Un transporteur qui relie Lagos à Abidjan doit parfois compter une semaine de formalités, contre deux jours pour une distance équivalente en Europe. Pour les commerçants, chaque jour de retard coûte de l'argent et de la compétitivité.
La digitalisation des paiements pourrait apporter une partie de la solution. Les transferts d'argent entre pays voisins restent coûteux et lents, avec des frais qui grèvent les marges des petits opérateurs. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent les taux de change en temps réel, ce qui permet aux commerçants de connaître le coût exact de leurs transactions avant de conclure un accord. Cette transparence réduit les risques et facilite les échanges transfrontaliers, surtout pour les PME qui n'ont pas accès aux circuits bancaires traditionnels.
L'enjeu est de taille : si l'Afrique parvenait à fluidifier ses échanges internes, elle pourrait ajouter des centaines de milliards de dollars à son PIB d'ici 2035, selon les estimations de la Banque mondiale. Mais cela suppose de lever les obstacles physiques et monétaires qui persistent. La technologie a un rôle à jouer, mais elle ne remplacera pas la volonté politique. Les dirigeants africains ont entre leurs mains les leviers pour transformer un potentiel théorique en réalité concrète.
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