Afreximbank : un bilan multiplié par six en dix ans
La banque africaine d'import-export a vu son bilan sextupler en une décennie, portée par des financements tournés vers le commerce intra-africain et les besoins croissants des États.

Afreximbank a changé d'échelle. En dix ans, le bilan de la banque africaine d'import-export a été multiplié par six, selon George Elombi, son vice-président exécutif chargé de la gouvernance et des affaires juridiques. Les fonds propres des actionnaires approchent désormais les 9 milliards de dollars. Un rythme de croissance qui tranche avec la prudence affichée par la plupart des institutions de développement du continent. La banque basée au Caire s'est imposée comme un acteur central du financement des échanges, dans un contexte où les sources traditionnelles se raréfient.
Cette expansion ne doit rien au hasard. Depuis la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine, les besoins en financement du commerce intra-africain explosent. Les États, en quête de liquidités, se tournent vers Afreximbank pour financer leurs importations stratégiques, du carburant aux produits pharmaceutiques. La banque a aussi joué un rôle clé pour aider les pays à faire face aux chocs monétaires, notamment en fournissant des devises lorsque les marchés internationaux se fermaient. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car une partie des flux passe par des instruments adossés à ces financements.
Le contexte mondial a accéléré cette dynamique. La hausse des taux directeurs dans les pays développés a renchéri l'accès aux capitaux étrangers. Les pays africains, dont plusieurs ont vu leur note souveraine se dégrader, ont trouvé en Afreximbank un prêteur plus accessible que les marchés obligataires. La banque a su lever des fonds sur les marchés internationaux à des conditions qu'aucun État du continent n'aurait pu obtenir seul. Elle a aussi développé des instruments en monnaies locales pour réduire la dépendance au dollar, un chantier qui intéresse directement les opérateurs de change.
Reste à savoir si cette trajectoire est tenable. Un bilan six fois plus gros signifie aussi des risques plus concentrés. Les créances sur des États surendettés, comme le Ghana ou la Zambie, pèsent dans les comptes. La qualité du portefeuille devient la question centrale. Afreximbank devra prouver que sa croissance ne s'est pas faite au détriment de la solidité. Les prochaines années diront si le modèle tient face aux défauts de paiement et aux turbulences monétaires.
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