Afreximbank et BAD appelés à devenir les moteurs du marché unique africain
L'accord de libre-échange continental (AfCFTA) ne suffira pas à créer un marché africain fonctionnel. Les institutions financières du continent doivent passer à l'action, selon des voix qui montent.

L'Afrique a passé des décennies à parler d'intégration économique. Depuis la signature de l'accord de la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA) en 2018, les discours n'ont pas manqué. Mais entre les intentions affichées et la réalité du commerce intra-africain, qui plafonne autour de 15 % des échanges totaux du continent, le fossé reste béant. Les routes commerciales existent sur le papier. Elles ne fonctionnent pas encore dans les ports, les postes-frontières et les salles de marché.
Le problème n'est pas l'absence d'institutions. La Banque africaine d'import-export (Afreximbank) et la Banque africaine de développement (BAD) disposent de mandats clairs et de bilans solides. Afreximbank a financé des infrastructures critiques et mis en place un système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) qui doit réduire la dépendance aux devises étrangères dans les transactions intra-africaines. La BAD, de son côté, a investi des milliards dans les corridors de transport et l'énergie. Mais ces outils restent sous-utilisés. Le PAPSS, lancé en 2022, n'a pas encore convaincu la majorité des banques commerciales du continent de l'adopter à grande échelle.
Pour les opérateurs économiques, le vrai test est celui du coût et du délai. Une lettre de crédit entre Lagos et Abidjan peut encore prendre plusieurs semaines et coûter plus cher qu'une transaction équivalente avec l'Europe. Les PME, qui représentent 80 % du tissu productif africain, sont les premières à en souffrir. Sans un accès direct à des financements en monnaie locale et à des mécanismes de change simplifiés, l'AfCFTA restera un cadre juridique sans substance commerciale. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent déjà ces contraintes de change en temps réel sur leurs interfaces, offrant une visibilité que les circuits bancaires classiques n'assurent pas toujours.
La balle est dans le camp des institutions. Afreximbank et la BAD doivent cesser de se positionner en bailleurs de fonds et devenir des opérateurs de marché. Cela signifie garantir des lignes de crédit en monnaies locales, imposer des standards de règlement interbancaire et sanctionner les banques qui freinent l'adoption du PAPSS. Le sommet de l'Union africaine de février 2025 a réitéré l'objectif d'un marché unique d'ici 2063. Sans une refonte du rôle des deux banques, cet horizon restera une ligne sur une carte.
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