AfCFTA : Mene presse l'Afrique de livrer les routes et les paiements avant d'élargir le marché
Le secrétaire général de la Zlecaf, Wamkele Mene, appelle à renforcer les corridors, les douanes et les systèmes de paiement avant de pousser plus loin l'intégration commerciale du continent.

Wamkele Mene a posé un constat simple devant un parterre d'opérateurs économiques : l'accord de libre-échange continental ne produira rien tant que les marchandises resteront bloquées aux frontières et que les paiements mettront des jours à se régler. Le secrétaire général de la Zlecaf a ciblé trois maillons faibles — les corridors routiers, les postes douaniers et les systèmes de paiement — sans lesquels le plus grand marché du monde restera une coquille. Son message s'adresse autant aux gouvernements qu'aux banques centrales, qui traînent sur l'interconnexion des systèmes de règlement.
Le calendrier presse. Depuis janvier 2021, l'accord est entré en vigueur, mais les échanges intra-africains plafonnent autour de 15 % du commerce total du continent, contre plus de 60 % en Europe. Les obstacles ne sont pas théoriques : un camion chargé de marchandises met parfois plus de temps à franchir trois frontières qu'à traverser l'Atlantique. Sur le volet monétaire, la plateforme panafricaine de paiement (PAPSS) lancée en 2022 devait régler en monnaies locales, mais son déploiement reste partiel et les banques commerciales l'adoptent lentement. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts : chaque jour gagné sur les délais de règlement pèse directement sur les frais prélevés.
Les pays les plus avancés ont pris de l'avance. Le Kenya, le Ghana et le Rwanda ont numérisé leurs procédures douanières et réduit les temps de passage à quelques heures. Le Nigeria, lui, reste englué dans des lenteurs portuaires qui coûtent des milliards de nairas par an. Mene insiste sur un point : sans volonté politique au plus haut niveau, les textes resteront lettre morte. Il réclame des engagements chiffrés, des délais précis et un mécanisme de suivi qui rende chaque État redevable devant les autres.
La balle est dans le camp des États membres. La Zlecaf a fixé un cap, mais elle ne construit ni les routes ni les systèmes informatiques. Les prochaines réunions ministérielles diront si l'Afrique veut vraiment transformer son marché intérieur en moteur de croissance ou si elle se contentera d'empiler les protocoles. Le commerce continental ne décollera pas par décret : il faudra des camions qui roulent, des douaniers formés et des virements qui arrivent à destination.
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