AfCFTA : le secrétaire général réclame des routes et des paiements à la hauteur du marché unique
Wamkele Mene presse les États africains de livrer les infrastructures et les systèmes de paiement promis, sans quoi les entreprises ne profiteront pas des 1,3 milliard de consommateurs de la zone de libre-échange.

Le secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA), Wamkele Mene, a haussé le ton cette semaine. Son message tient en une phrase : le traité signé par 54 pays ne vaut rien si les marchandises restent bloquées aux frontières et si les paiements mettent dix jours à passer. Il a cité les corridors routiers saturés, les postes-frontières où un camion attend trois jours, et les banques qui refusent encore de traiter un virement en monnaie locale. Pour lui, l'Afrique a construit un cadre juridique ambitieux mais a négligé le système nerveux qui doit le faire fonctionner.
Les chiffres lui donnent raison. Le commerce intra-africain plafonne autour de 15 % du total des échanges du continent, contre 60 % en Europe et 25 % en Asie du Sud-Est. L'accord sur les paiements et les règlements panafricains (PAPSS), lancé en 2022 par la Banque africaine d'import-export, devait régler une partie du problème en permettant aux entreprises de payer en monnaie locale sans passer par le dollar. Mais son déploiement traîne : seules une poignée de banques centrales l'ont pleinement intégré. Résultat, un négociant ghanéen qui achète du ciment au Nigeria paie toujours des frais de conversion qui peuvent atteindre 5 % de la facture.
Le Nigeria, première économie du continent, est directement concerné. Ses exportations vers le reste de l'Afrique restent faibles malgré la demande. Les produits manufacturés nigérians — ciment, engrais, alimentaire transformé — trouvent preneurs, mais les délais de paiement et les tracasseries douanières découragent les PME. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car un système de paiement fluide entre le Naira et le FCFA réduirait les intermédiaires bancaires. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent déjà ces taux en temps réel sur leurs interfaces, mais elles butent encore sur les mêmes goulets d'étranglement réglementaires que les banques traditionnelles.
Mene n'a pas demandé de nouveaux traités. Il a demandé des routes goudronnées, des scanners douaniers qui fonctionnent et des banques centrales qui connectent leurs systèmes. Le prochain sommet de l'AfCFTA, prévu en 2025, doit examiner un mécanisme de financement des infrastructures transfrontalières. Sans cela, le marché unique africain restera une promesse de papier. Les entreprises, elles, continuent de payer le prix de l'attente — en devises fortes et en jours perdus.
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